La coopération scientifique franco-péruvienne s’inscrit dans une tradition relativement ancienne. En effet à de la fin des années 1960 et pendant environ une quinzaine d’années, une collaboration importante en physique et chimie eut lieu entre le Centre d’Etudes Nucléaires de Grenoble (CENG) et l’Universidad Nacional de Ingeniería (UNI) (1968-1982), puis avec l’Universidad Católica (1974-1982), toutes deux à Lima. Un premier contact avec ces institutions avait eu lieu à Lima vers 1965 par des rencontres entre des scientifiques français, dont Michel Soutif et Bernard Dreyfus, professeurs à l’Université de Grenoble, et des scientifiques péruviens, dont Victor Latorre, qui venait de rentrer au Pérou après une thèse brillante en physique nucléaire aux USA, et qui a toujours par la suite fortement soutenu la coopération avec la France (il a d’ailleurs toujours été le principal interlocuteur officiel péruvien). Du côté français, la coopération effective fut initiée par Pierre Servoz-Gavin (PSG), alors directeur du laboratoire de Résonance Magnétique au CENG, à la suite d’une rencontre à Grenoble avec un jeune professeur de la UNI, Manfred Horn, qui souhaitait monter un laboratoire de physique sur place. Il faut savoir qu’à cette époque il n’y avait aucune activité de recherche expérimentale en physique à la UNI, la « faculté de physique » venant juste d’être créée. Le domaine choisi fut la Résonance Magnétique, technique à l’époque en pleine mutation (RMN pulsée, hauts champs, imagerie, étaient des domaines qui commençaient à se développer). Ce fut la Résonance Paramagnétique Electronique (RPE) qui fut plus précisément choisie pour la UNI. Outre le fait qu’un spectromètre de RPE était un instrument de conception plus simple, à la technologie bien établie, donc un matériel plus fiable (et moins cher à l’achat) qu’un spectromètre RMN de l’époque, il se trouve que le Pérou est un important pays minier, donc riche en minéraux naturels que l’on peut souvent trouver sous forme de monocristaux, et qui contiennent pratiquement toujours des centres paramagnétiques (métaux, terres rares..). L’idée initiale fut donc d’utiliser la RPE comme outil d’étude de ces minéraux naturels.
Le premier coopérant fut Ferdinand Volino qui entre 1968 et 1971, puis lors de divers séjours de plusieurs mois en 1973, 1977 et 1981, contribua à développer la technique de RPE sur l’appareillage qui venait d’être acquis, et développa, à partir du même appareillage, la Résonance Magnétique Nucléaire (RMN) et la Polarisation Dynamique Nucléaire, appliquée à l’étude de la dynamique moléculaire dans certains matériaux désordonnés (cristaux plastiques). Une étroite collaboration était maintenue avec le laboratoire de PSG qui fournissait une aide logistique efficace et non négligeable (échantillons, radicaux libres nitroxydes, divers matériels, tels dewars, tubes de quartz, pièces électroniques…, des ouvrages scientifiques, matériels qui souvent transitaient par la « valise diplomatique », infiniment plus sûre et rapide que le courrier postal, et sans lesquels il aurait été beaucoup plus difficile de faire une recherche « de pointe » (c’est-à-dire suffisamment originale pour être publiable dans des revues internationales avec rapporteurs : 7 publications avec comme co-auteur F. Volino furent publiées entre 1971 et 1982).
Ce spectromètre de RPE était également utilisé par l’équipe de Manfred Horn pour des études sur les minéraux naturels péruviens, puis sur des cristaux synthétiques dopés, ce qui a nécessité la création d’un laboratoire de croissance de cristaux. La recherche ne s’est pas limitée à la Résonance Magnétique. Parallèlement s’est développée une activité de préparation de matériaux semi-métalliques (tels les solutions solides Te3-Bi2, Se3-Bi2 ou Te3-Sb2), qui avait été entreprise par d’autres professeurs-chercheurs de la UNI, dans le but d’étudier leurs propriétés magnéto-galvano-thermiques (transformation directe d’énergie thermique en énergie électrique). Enfin, une petite activité « laser », impliquant le travail du verre et la préparation de miroirs à couches multiples par évaporation sous vide avait aussi été entreprise, le but étant de fabriquer un laser, He-Ne. Une très bonne ambiance régnait alors entre ces petits groupes composé chacun de quelques personnes, et les étudiants de dernière année qui effectuaient leur « tesis de bachillerato » ou de « licenciatura » en physique. La première « tesis de Magister » de l’UNI en physique expérimentale, entièrement faite au Pérou, fut passée en 1971 par Horacio Verdun. La seconde fut une thèse de physique théorique par Modesto Montoya, l’un des meilleurs étudiants entre 1969 et 1971, soutenue en 1974.
A partir de 1971, une douzaine d’autres jeunes coopérants en âge de faire le service militaire partirent au Pérou comme scientifiques du contingent pour enseigner et développer une activité scientifique à la UNI ou à la Catolica. Les recherches se sont diversifiées. Des études de biophysique par RPE furent même été initiées par certains coopérants (Hélène Jouve).
Coopérants UNI, PUCP, San Marcos : Hubert et Hélène Jouve , Ronzaud , Jacques Gaillard , Frédéric Ferrieu, Bernard Bigot, Robert Baptist , Alain Guez, François Piuzzi, Yves Barjhoux , Dominique Elie, Dominique Tonnelier, Jaussaud, Pascal Fries, Les coopérants non cités ici sont priés de nous contacter et apporter des précisions et desmodifications.
En parallèle, entre 1968 et 1982, une cinquantaine de jeunes scientifiques péruviens bénéficièrent de bourses du gouvernement français pour faire, soit des stages, soit leur doctorats dans des laboratoires en France dans des disciplines variées. Certains sont restés en France d’autres occupent maintenant des postes de responsabilité dans des organismes scientifiques péruviens. C’est le cas de Modesto Montoya Zavaleta, l’actuel directeur de l’Instituto Peruano de Energía Nuclear (IPEN), de Benjamín Marticorena, président du Consejo Nacional de Ciencia y Tecnología (CONCYTEC), de Jaime Avalos, secrétaire général de l’IPEN, de Ernesto Lopez Carranza, ancien professeur de physique à la UNI et spécialiste de la datation archéologique. Cette coopération en physique-chimie prit fin au début des années 1980, suite au choix politique du gouvernement français de l’époque de réorienter la coopération technique entre les deux pays vers des domaines tels la géologie, la géophysique et la recherche minière, ou l’agronomie, la recherche en physique ayant été jugée trop éloignée des priorités de l’époque. (05/12/06)